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28 avril 2016 4 28 /04 /avril /2016 14:44

Axelle Lemaire, la secrétaire d’Etat chargée du Numérique s’est, paraît-il, rendue à la Nuit debout, Place de la République.

En quelques semaines, le mouvement Nuit Debout est devenu le symbole de la contestation étudiante contre la loi El Khomry mais aussi un lieu de convergence des luttes où les citoyens se réapproprient la politique qui doit être l’affaire de tous. Ces jeunes, assis en tailleur, réunis en AG, en commissions, en groupes de travail, s’écoutant dans le calme, attendant patiemment leur tour de parole, ne sont pas là pour conquérir un pouvoir et assouvir un quelconque instinct de domination mais pour discuter de leur avenir commun, pour tenter de bâtir une société différente qui permette de vivre ensemble, solidairement et dignement, et non pas dans la compétition au profit d’un petit nombre.

Ce mouvement essaime partout en France et s’étend même au-delà des frontières. Ces agoras nocturnes rassemblent « des personnes de tous horizons qui reprennent possession de la réflexion sur l’avenir de notre monde ». Ce sont des endroits de lumière qui inquiètent les professionnels, ils ont peur de s’y brûler les ailes. Car nous sommes là aux antipodes des pratiques de la Vème et d’une politique de l’ombre qui corrompt, qui soumet, qui avilit, orientée uniquement vers la conquête et la conservation du pouvoir pour le profit d’une petite oligarchie. Le jeu y est collectif et c’est une démarche mystérieuse pour la classe politique au pouvoir.

Des indiens veulent reconquérir des territoires trop longtemps abandonnés à des professionnels ambitieux. Nos gouvernants socialistes, confrontés à cette vague contestataire, interloqués par ce mouvement inédit, sont un peu comme une poule découvrant un couteau ; ils sont intrigués, ne savent pas comment ça marche, mais se disent qu’il doit bien y avoir quelque chose à picorer, à récupérer, à gratter, à capter, à recycler dans les eaux usées de notre monarchie républicaine. Et puis, François Hollande a fait de la jeunesse sa priorité ; il trouve « légitime que la jeunesse, aujourd'hui par rapport au monde tel qu'il est, même par rapport à la politique telle qu'elle est, veuille s'exprimer, veuille dire son mot ».

Alors, il faut respecter cette agitation juvénile, faire mine de s’y intéresser. Alors, Axelle Lemaire, en anthropologue, est allée observer les indiens, Place de la République, mais incognito, et « pour nourrir sa réflexion personnelle ». Et Ségolène Royal « s’est posé la question d’une visite. . . Les élections se rapprochant, il faut aussi se démarquer de la droite extrême qui veut nettoyer la place, éliminer la saleté, rétablir l’ordre établi avant même de chercher à comprendre. La droite extrême, à l’image de Copé ou de Fillon, étale sa haine au grand jour et exige du gouvernement une répression immédiate. Tous ces marginaux désoeuvrés qui refusent de mettre les chaînes que la société leur tend ne méritent que mépris ; ils veulent essayer d’être libres, ils refusent la galère qu’on leur propose, ils souhaitent un autre destin et c’est intolérable. Il faut reconnaître qu’une sorte de ZAD parisienne, occupée en plein Paris et en plein état d’urgence, est un formidable pied de nez à tous ceux qui sont droits dans leurs bottes de miliciens.

Le pouvoir tente donc pour l’instant de faire bonne figure. Nos sociaux-libéraux, désormais accoutumés aux associations les plus paradoxales, aux synthèses les plus improbables et les plus inattendues, optent une nouvelle fois pour concilier l’inconciliable en pariant sur une cohabitation paisible entre nos institutions et le mouvement Nuit debout. Notre monarchie républicaine, jacobine, technocratique, autoritaire, doit pouvoir s’accommoder - du moins provisoirement - de cette exigence de démocratie participative, dotée d’une organisation horizontale, sans hiérarchie. Et tous ces groupuscules écolo-décroissants pourront mener leur nouvelle économie dans le cadre d’une société technologique de croissance. Le système a déjà démontré, à maintes reprises, ses immenses capacités d’adaptation. N’est-il pas question d’utiliser les emprises des lignes à haute tension pour créer des corridors écologiques ?

Avec un peu de bonne volonté et d’imagination, tout est possible, y compris installer un carré de zadistes entre les pistes du futur aéroport de NNDL. Ce soir, interviewé dans le cadre de l’émission « Dialogues citoyens », François Hollande se veut confiant et satisfait. Il a eu vingt ans lui aussi, il peut comprendre, il laisse le soin aux téléspectateurs de deviner ses engagements passés, il va puiser dans cette jeunesse oubliée ce petit quelque chose qui doit lui permettre de paraître en empathie : « Je ne vais pas me plaindre qu'une partie de la jeunesse veuille inventer le monde de demain plutôt que de regarder avec nostalgie le monde d'hier ». C’est une sorte de travail d’acteur dont il semble se satisfaire mais le numéro d’ensemble est si décevant qu’il peine désormais à transmettre une quelconque conviction. Les images, les paroles du Président, numérisées, sont propulsées instantanément, à la vitesse de la lumière, sur des écrans plats, et se déversent dans le puits sans fond de notre incompréhension et de notre désappointement citoyen. La technologie demeure impuissante à faire exister le néant médiatique et à réconcilier les contraires.

Le Président est décidément ailleurs, perdu, égaré dans un monde trop éloigné du nôtre. Le monde de demain se fera sans lui, et sans eux ; le besoin de récupération de nos politiques est impossible à rassasier.

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