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26 mars 2016 6 26 /03 /mars /2016 11:27

Maître de conférences en science politique à l'université Jean-Monnet de Saint-Etienne, Stéphane Cadiou a récemment co-dirigé un ouvrage intitulé « Gouverner sous pression ? La participation des groupes d'intérêt aux affaires territoriales ». En 2009 il avait co-dirigé aux Presses universitaires de Grenoble l'ouvrage collectif : « L'élu local aujourd'hui ? »

Avec les élections municipales de 2014, puis les départementales, on a parlé de renouvellement de la classe politique. Constatez-vous une évolution de leur profil ?

Il y a en France 500 000 élus locaux. Ils sont loin de former un corps homogène. Il y a de fortes inégalités entre le maire d’une grande ville ou d’une Région et le maire d’une commune de moins de 1 000 habitants. Ils n’exercent pas le même métier.
Quant à leur profil, on constate sur la longue durée une diminution des professions indépendantes, par exemple les agriculteurs. Même s’ils restent avec environ 11 % des maires surreprésentés par rapport à leur poids dans la population active. Les retraités sont aussi surreprésentés, cela veut dire que ce statut dispose bien à ce type d’activités. En revanche plus on s’élève dans la hiérarchie des élus, moins les personnes issues des couches populaires sont présentes. Leur nombre est extrêmement réduit par rapport à leur poids dans la population générale. Alors, même si les élus locaux sont considérés comme des élus proches, il s’agit d’une proximité géographique, pas sociale.

Si les fonctionnaires continuent à être présents en nombre parmi les élus, c’est parce qu’ils peuvent plus aisément demander leur réintégration en cas de défaite à une élection ?

Parmi les populations surreprésentées, il y a les cadres et en particulier ceux de la fonction publique. Cela sécurise leur engagement dans la vie politique. Il y a beaucoup de cas de personnes qui travaillent dans une collectivité locale et qui se présentent à des fonctions électives dans une autre. On constate que dans la génération des maires élus en 2014, il y a de plus en plus de gens qui ont travaillé dans un cabinet d’un élu local, comme directeur de cabinet, collaborateur, chargé de mission…

Pour quelle raison d’après vous ? Parce que le « métier » d’élu est plus technique qu’autrefois et qu’il faut bien connaître les arcanes pour être efficace ?

D’abord parce que les partis politiques attirent peu et ont donc besoin de pouvoir puiser dans un vivier. Quand un parti est au pouvoir dans une collectivité locale, cela attire les militants qui viennent grossir leurs rangs, et l’inverse est vrai. Ensuite, effectivement, les collectivités territoriales exercent de plus en plus de responsabilités, sont de plus en plus techniques et entretiennent des relations plus complexes avec les autres collectivités partenaires. Mais je pense également que cela se joue aussi dans les représentations.

Que voulez-vous dire par là ?

Les principaux partis de gouvernement jouent sur le fait qu’ils sont de bons gestionnaires. Le principal argument d’un maire sortant n’est pas de dire : « j’ai un programme militant », mais « j’ai bien géré ». Les élus locaux ont masqué l’idéologie.

Diriez-vous que c’est devenu un métier d’être élu, ce qui s’exprime parfois par l’expression péjorative de « professionnel de la politique » ?

Le fonctionnement d’un élu local délimite de plus en plus un métier avec des pratiques qui se sont de plus en plus spécialisées. On s’improvise de moins en moins élu local. C’est devenu un travail à temps plein.

D’où la difficulté de reclassement pour ceux qui sont confrontés à une défaite politique ?

C’est extrêmement différent entre un petit élu local et un grand élu d’une grande collectivité qui cumule les mandats et dispose en quelque sorte d’un parachute. Quand on critique le cumul des mandats, on oublie de dire que c’est une façon pour l’élu de sécuriser son parcours en réduisant l’incertitude qui accompagne l’élection. C’est aussi une stratégie pour éviter l’intrusion de rivaux en occupant des postes.

En mars 2015 les parlementaires ont adopté un texte, entré en vigueur le 1er janvier 2016, pour « faciliter l’exercice, par les élus locaux, de leur mandat ». Ce statut de l’élu local était nécessaire ?

Ce qu’il faut bien avoir en tête, c’est que la loi de mars 2015, c’est une nouvelle pierre d’un statut de l’élu qui se construit petit à petit. En Allemagne, être élu c’est considéré comme être salarié. En France, tout mandat est considéré comme bénévole, ouvrant droit à une indemnité, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. Les élus eux-mêmes sont très prudents pour faire valoir leur statut. Aujourd’hui, dans le contexte actuel de défiance vis-à-vis des politiques, quel élu pourrait porter cette grande réforme ?

Ce débat est consubstantiel à la démocratie et a été évoqué par le sociologue Max Weber : soit on estime que la politique ne doit pas être rémunérée, et alors on accepte que seuls ceux qui en ont les moyens financiers peuvent exercer le pouvoir, soit on considère que tout citoyen doit pouvoir se présenter et donc on lui attribue une indemnité. Après avoir dit cela, le problème qui se pose c’est que l’on a créé un système d’indemnisation. Ce n’est pourtant pas pour autant qu’il y a une diversité sociale parmi les élus. En réalité la sélection s’est portée au sein des partis politiques. La question, c’est comment peut-on rendre audible la parole de ceux qui sont les plus dominés socialement ?

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