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5 février 2016 5 05 /02 /février /2016 11:58

Gard : le raz de marée de ces élus qui abdiquent  

L’écharpe tricolore est de plus en plus lourde à porter. L es démissions atteignent un niveau record dans le Gard.

Analyse d'un malaise. C'est un raz de marée qui traduit un ras-le-bol ! Les élus n'en peuvent plus et ils le disent de la façon la plus nette : en claquant la porte. 673 démissions en moins de deux ans dans le Gard, c'est tout simplement du jamais vu. Quinze maires ont jeté l'éponge depuis mars 2014 Georges Petit à Dourbies, Jean-Marc Marchal à Collorgues, José Puso à Saint-Jean-de-Valériscle, Jean-Claude Manchon à Belvezet, Michel Bouschet à Ponteils-et-Brésis... Ils sont quinze à avoir jeté l'éponge depuis leur élection en mars 2014. Deux autres sont sur le point d'en faire de même en pays viganais.

Jean-Marc Marchal : "On a de plus en plus une fonction d’assistante sociale ou de conseiller en insertion" Jean-Marc Marchal a démissionné un an après son élection à Collorgues. Pourquoi avez-vous démissionné de votre fonction de maire ? D’abord à cause de mon état de santé. Et ensuite parce qu’il y avait de plus en plus de tensions dans l’équipe municipale. La commune achevait d’élaborer le PLU (plan local d’urbanisme). C’est un enjeu fort dans une commune rurale. Avec trois conseillers municipaux (dont ceux de l’urbanisme, des finances et des affaires agricoles), nous avons estimé que l’intérêt général n’était plus privilégié. Est-ce qu’on en demande de plus en plus aux élus ? Oui, j’ai été élu en 2001 et j’ai vu les dossiers se complexifier. Il faut être de plus en plus compétent. L’intercommunalité s’est développée mais n’aide pas vraiment les petites communes. Chacun défend ses intérêts...

Comment un maire rural est-il considéré ? De moins en moins bien. On est assimilé au personnel politique qui a perdu la confiance de la population. Mais on n’a rien à voir avec eux ! On a très peu de moyens et on nous sollicite de plus en plus pour des problèmes de voisinage ou avec l’administration, ou pour trouver un emploi ou une place en crèche. On a de plus en plus une fonction d’assistante sociale ou de conseiller en insertion. Que s’est-il passé après votre démission ? Je pensais pouvoir être tranquille mais ce fut le contraire. J’ai été insulté et agressé, à tel point que j’ai porté plainte. Quel regard jetez-vous sur vos mandats ? Je me suis laissé bouffer par une fonction passionnante, avec plein d’aspects positifs. J’ai essayé de rendre à la société ce qu’elle m’avait donné. Alors que les premières démissions n'intervenaient auparavant qu'au bout de deux ou trois ans, les nouveaux n'hésitent plus à partir avant de subir. Le préfet a beau essayer de convaincre maires et adjoints de rester en place, rien n'y fait. Le mouvement s'accélère. Les élections municipales partielles se multiplient, à tel point qu'il n'y en a jamais eu autant. De plus en plus de responsabilités Mais pourquoi un tel désaveu pour la fonction ? "100 % des maires nouvellement élus sont surpris parce qu'on leur demande, constate Pilar Chaleyssin, présidente de l'antenne gardoise de l'Association des maires de France. Les responsabilités sont de plus en plus importantes. Le maire ne peut pas tout faire et doit déléguer.

Mais à qui et comment ? Certains ne se rendent pas compte de l'engagement que ça représente. Ni des compétences de plus en plus importantes qu'il faut avoir en urbanisme ou en gestion."L'argent, c'est le nerf de la guerre. Et les budgets ne cessent de se réduire. Ce sont d'abord les villages qui en font les frais. "Les mairies où il y a un déficit de gestion se retrouvent vite en difficulté, observe Pilar Chaleyssin. Plus la commune est petite, moins il y a de personnel, et plus l'élu doit s'occuper de tout". C'est sans doute la raison pour laquelle la plupart des démissions se produisent dans les petits villages.

Difficile aussi d'oublier un différend au conseil municipal quand on doit se recroiser à la boulangerie ou au stade. D'autant que la population est de plus en plus exigeante... "2014 n'est pas une cuvée d'élus prêts à la fonction, lance Didier Bonneaud, président de l'Association des maires ruraux du Gard. Certains étaient persuadés qu'ils allaient mettre les pieds sur le bureau. Au lieu de ça, ils se retrouvent à porter des dossiers complexes, sans connaître les systèmes de dotation". Jusqu'à 70 heures par semaine Le jugement est sévère, mais il faut reconnaître que le casting laisse parfois à désirer. "On s'en aperçoit avant l'élection, lorsque certains candidats ont déjà du mal à rassembler les pièces de leur dossier personnel", témoigne un agent préfectoral.

La création des conseils communautaires a ajouté du travail et des réunions à des élus déjà débordés. "L'investissement est pesant et on se sent parfois démunis devant l'ampleur de la tache, témoigne Jean-Marc Marchal, ancien maire de Collorgues.

On y passe jusqu'à 70 heures par semaine". Sous-entendu, ce n'est pas pour les petites indemnités qu'on accepte d'être maire... Bref, être élu aujourd'hui est plus que jamais un sacerdoce. Leur mérite n'en est que plus grand. Reste que leurs décisions ont d'importantes conséquences. "2016, c'est la dernière année pour engager des projets structurants, conclut Didier Bonneaud. Si rien n'est lancé, le mandat est perdu".

"Démissionner, ça ne sert à rien" Didier Bonneaud est maire de Saint-Étienne-des-Sorts et président de l’Association des maires ruraux du Gard. "Dans les communes rurales, le maire fait du bénévolat. Je n’en ai jamais vu un seul s’enrichir. Par contre, il rencontre d’énormes difficultés. Face à des dossiers de plus en plus pointus, il aurait besoin d’être accompagné par un technicien pour lancer un dossier sur l’assainissement ou une étude de faisabilité. Au lieu de ça, on lui met le couteau sous la gorge".

Didier Bonneaud a vu la fonction de maire se complexifier. "Depuis le début de mon premier mandat en 2008, ça n’a plus rien à voir. Avec les agglos, les transferts de compétence, la loi NOTRe, la loi Alur, tout est plus difficile..." Et de citer un exemple parlant : "Quand je veux lancer une réflexion sur le risque majeur que représente le Rhône sur ma commune, je n’ai aucune aide des services compétents. Donc rien ne se passe". Didier Bonneaud critique surtout "le système du mille-feuille qui s’enrichit au détriment des communes au lieu de se mettre à leur service. Il faudrait revoir le statut de l’élu, c’est-à-dire aider le maire à exercer sa fonction sereinement. Sinon, bientôt, on n’aura plus que des agents de la fonction publique ou des retraités..."

Si la mission est délicate, pas question de renoncer pour autant. "Démissionner, ça ne sert à rien. Ça montre qu’on refuse sa mission. Il faut être conscient qu’on représente la République. Et utiliser tous les moyens avant d’en arriver là."

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